Chactas en méditation sur la tombe d 'Atala

d' après l' oeuvre original de Francisque Duret 1836 musée des Beaux Arts de Lyon

Chactas en méditation sur la tombe d' Atala est une œuvre emblématique du mouvement romantique français du 19em siècle.

Il en illustre le cœur, l' homme face à la destinée, l' individu confronté à l' impermanence, qui se heurte à ses propres limites.

Prisonnier de cette antinomie entre nature et culture, Chactas nous livre, plein de dignité, le fruit de son intense mélancolie.

En buté devant la perte de son aimée, c’est la contemplation amère d' un conditionnement implacable et parfois tirant jusqu' à la contre nature, constat dévastateur que même les puissantes forces de l' amour ne peuvent faire dévier cette roue immense, la fatalité.

Original en terre cuite, disponible en tirage

H55/35/30

Chactas ou la figure de l' homme face à l' énigme de son destin

L’œuvre de Francisque Duret s’inspire d’une œuvre romanesque qui marquera la culture française et européenne de la première moitié du XIXe siècle, « Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert », roman publié par François-René de Chateaubriand en 1801.

S’il n’est pas possible ici de s’étendre sur le retentissement littéraire de ce roman et sur son caractère pionnier dans la création de la figure de l’Indien dans l’imaginaire occidental et américain, il n’est pas inutile d’en rappeler les grandes lignes narratives car la sculpture de Duret en est une illustration directe.

"En Louisiane sur les rives du Meschacebé, un vieil Indien (Chactas) de la tribu des Natchez raconte  les aventures de sa jeunesse à un jeune Français nommé René. Fils adoptif d'un chrétien, Chactas est fait prisonnier à l’âge de 20 ans, puis sauvé par Atala, une jeune Indienne éduquée dans la foi chrétienne. Ils s’enfuient à travers la forêt où un terrible orage les oblige à s'abriter sous un arbre. Après une longue errance, ils rencontrent un missionnaire qui entreprend d’unir Atala et Chactas, en convertissant ce dernier au christianisme. La mère d'Atala avait promis devant Dieu que sa fille resterait vierge. Atala s'empoisonne pour tenir la promesse de sa mère et ne pas succomber à la tentation, malgré son amour pour le jeune indien. Alors qu’elle se meurt dans les bras de Chactas, Atala lui demande de se convertir enfin au christianisme."

L’ensemble de son attitude et de son visage exprime la douleur et la mélancolie. Cette œuvre est une évocation directe du passage de Chateaubriand, consacré aux funérailles d’Atala où Chactas est « enseveli dans la plus amère rêverie ». La figure de Chactas présente un intérêt artistique multiple puisqu’elle combine des traits stylistiques issus de la sculpture classique, des réminiscences des figures christiques jusqu’aux formes allégoriques de la Mélancolie. Mais c’est ce dernier aspect, qui associé aux nouvelles thématiques formulées par l’ouvrage de Chateaubriand, tragédie « moderne et chrétienne », font de cette statue une œuvre emblématique d’un romantisme sculptural alors en plein essor, combinant des références à l’antique, des nouveaux sentiments religieux et philosophiques, une fascination pour l’exotisme, un attrait pour le primitivisme et les côtés obscurs de l’humanité.

Le Chactas de Duret exprime la tension résultant du conflit entre le corps et l’esprit, entre la nature et la pensée. Tout comme les perdants, les mélancoliques, les révoltés par désespoir, le jeune indien est bien le nouveau héros du Romantisme.

Centre national des arts plastiques

Xavier-Philippe Guiochon
Conservateur en chef du patrimoine

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